D’abord, assieds-toi et « palé Kréyol ban mwen ti moun ! »

Temps de lecture : 2 minutes

J’étais assise dans la salle de sortie du service de chirurgie ambulatoire et voyais les patients se diriger vers le salon de collation à proximité. Après leur opération, ils étaient raccompagnés par un soignant ou un aide-soignant. À tour de rôle, ils étaient installés à une petite table et se voyaient offrir une collation, pour briser leur jeûne préopératoire, qu’ils acceptaient tous avec soulagement. Je ne prêtais guère attention à ces allées et venues jusqu’à ce que cette scène singulière accroche mon attention.

Un silence qui en dit long

Un homme âgé fit son entrée, soutenu par une soignante qui l’aida à s’asseoir à la première table. Sur un ton plein d’attention et de bonnes intentions, elle lui demanda : « Voulez-vous boire une boisson chaude, Monsieur Untel ? Chocolat ou café ? » Elle répéta la question encore et encore, pendant de longues minutes. Mais cette fois, elle se heurtait à un mur de silence et d’ignorance. Pas un mot. Pas un regard. Un silence gêné s’installa dans la salle.

« Il n’entend pas ? » Elle haussait la voix et se penchait vers son oreille, pensant avoir affaire à un vieil homme dur d’oreille, voire sénile. C’est à ce moment qu’un soignant, qui observait la scène à distance, près de la fenêtre, intervint. « Je suis sûr qu’il entend. Et il comprend très bien aussi ! » dit-il en s’approchant et en tirant une chaise pour s’asseoir à la table du patient âgé. Il s’assit bien en face de lui, avança les deux mains à travers la table, comme pour lui attraper les siennes, baissa le menton et plongea son regard dans ses yeux : « Bonjou Misyé Untel. Ki jan aw ? Ka ou vlé bwè. On ti kafé ? On ti chocola ? » Soudain, Monsieur Untel s’anima. Son regard se tourna vers le jeune soignant, puis vers le bar à collation, et il répondit :  « on chocola. » « On chocola ? »  répéta le soignant. Après confirmation, Monsieur Untel accepta sa tasse de boisson chaude avec un « mèsi » et quelques hochements de tête approbateurs.

La posture et le langage

C’est ce qui fit toute la différence. La femme lui parlait en français et restait debout à côté de lui, l’obligeant à lever et tourner la tête. L’homme a fait l’effort de se mettre à son niveau : Monsieur Untel étant assis, il s’est assis. Il a également créé un contact visuel et une proximité physique, optant pour une attitude décontractée, et s’est adressé à lui dans un langage familier, sans lui manquer de respect.

Ce qu’il faut retenir

Crédit photo : Edward Eyer

Avant de déclarer sénile une personne âgée, assures-toi de bien communiquer avec elle, dans un langage verbal et non verbal qui la mette à l’aise. Si tu veux son attention et une interaction, mets-toi à son niveau : position assise si elle est assise et créole si c’est la langue avec laquelle elle est à l’aise.

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